____J'écris sous la dictée d'une
illusion troublante. Je suis tombée amoureuse d'un
homme à cordes. Celui qui a chanté
"Long, Long, Long" ce soir de mai. En
68. Et de ses initiales tirées de la terre naît ma
détresse à te décrire. Jamais aucun amour ne peut être aussi fort que celui que j'offre aux morts. J'ai du mal à te reconnaître. Derrière les flots de notre valse. Tu m'as prise avec toi cette fameuse
nuit. De mai. En 68. En fantôme de nos amours infirmes. Tu cueilles
les larmes sur mes joues d'un seul baiser et évanouis mes craintes de paroles beaucoup trop belles.
Ange travesti, ne te sens-tu pas fébrile ici bas? Maintenant que tu n'es plus là. Doucement, je sentirais presque
ta main s'abattre sur l'instrument de notre déchéance. Cette main là.
La main chancelante qui a écrit ces paroles, ce soir de mai. En 68. Comment décrire ce que je ressens face à toi.
Je t'aime. Et ce texte insipide est enseveli. Comme toi. Sous
la pochette blanche numérotée à ton nom. Il narrait nos projets pour un avenir que tu as connu avant moi. Ce dernier petit
bout de papier. Que tu ne liras pas. C'était pourtant
"Long, Long, Long". Et ce soir de mai, 2008, moi, j'ai écrit pour toi.
Mathilde
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